vendredi, février 22, 2008

La loi des séries.

La loi des séries vous connaissez ?
C’est un truc assez incroyable qui finirait presque par me rendre superstitieux.
Voilà 6 ans que je vis dans un appartement, au troisième étage d’une résidence qui est, j’en suis maintenant convaincu, bâtie sur un ancien cimetière Indien.

Je passe sur le fait que la majeure partie des résidents semble issue d’un film de Lynch (ça fera le sujet d’un autre article à n’en pas douter).

Aujourd’hui je vais monologuer sur la malédiction de l’appartement voisin.
Pendant prés de 5 ans, il a été occupé par une petite vieille seule qui devenait tous les jours un peu plus barrée.
En même temps, avec un traitement pharmaceutique aussi lourd qu’une vanne de Bigard faut pas s’attendre à aller mieux mentalement.
Si on excepte le dégoût compulsif que m’inspirent généralement les vieux , je n’avait pas grand chose contre ma voisine… Enfin, jusqu’à ce que son état m’oblige à rentrer dans sa vie pourrie.

Moi après une journée de boulot j’aime bien me répandre sur mon canapé comme un flan au soleil.
Tout me fait chier et je suis pas hyper content d’être dérangé. A la limite pour une petite pipe il n’y a pas de soucis mais bon là forcément…
Bon, donc j’aime me répandre (double sens toujours très classe après l’histoire de la pipe) et pas être emmerdé.
Voilà t’y pas que ça sonne à la porte.
Ma vieille d’à coté qui a besoin de moi…
Bon, soyons honnêtes, au début c’était pas trop chiant hormis l’obligation d’effort sociabilisant que la situation impliquait ; juste un coup de main pour faire marcher son téléphone ou une ampoule qui déconne.
Le problème c’est quand je suis devenu une espèce de placebo pour gommer le manque laissé par sa progéniture moisie refusant de venir la voir.
Autant j’aime pas les vieux mais j’abhorre les gros cons qui deviennent abandonnent leurs géniteurs.
Putain !! Merde !! Je laisse pas mes ordures devant la porte du voisin moi !!
J’en suis venu à devoir jouer les Ninjas pour éviter de tomber sur elle, ramper sous le judas de sa porte, sortir les poubelles la nuit, etc…
Bon, évidemment la technique a toujours des failles et je ne pouvais pas faire le mort à chaque fois qu’elle sonnait à la porte.
Le dernier palier atteint à été la soirée passée à coté d’elle à attendre que le mec de SOS Médecin se pointe. En plus y’avait NCIS à la télé ce jour là, merde…

Cela dit, là on atteignait le paroxysme et elle a calanché quelques temps après.

Mais, mais, mais, c’est maintenant que ça devient quasi surnaturel !!
Le proprio a commencé à remettre le mouroir à neuf pour le louer à nouveau.
J’espérais en mon fort intérieur que le nouvel occupant serait une jolie jeune fille avec un beau cul et un irrépressible besoin de rendre des services sexuels.
Sinon, je me serais également contenté d’une absence totale de voisinage ce qui n’aurait pas été plus mal.
J’ai été exaucé pendant plusieurs mois.
Il faut dire que dans cette résidence les loyers sont chers et que l’appartement en question est petit en plus d’être mal fichu.
Tout allait donc bien jusqu’à récemment.
Les travaux du proprio ont repris de plus belle et on sentait une forte agitation dans le couloir, ça sentait l’arrivée d’un nouvel occupant.
Je guettais la jolie fille peu farouche mais non, finalement pas l’ombre d’une fesse ronde (faut que j’arrête de mater des pornos moi).
Par contre, les meubles ressemblaient pas à du mobilier de vieux ; soulagement…
Tay !! un locataire jeune !!
C’est suffisamment rare dans cette résidence pour être remarqué.
Vite vu, le gars a pas un physique de vainqueur mais à la limite c’est pas trop mon problème.

Jusque là j’y ai cru mais c’était sans compter sur cette putain de loi des séries.
Un jeune oui mais il fallait, évidemment, qu’il y’ait un revers à la médaille.

Deux jours après son installation, ma moitié part bosser et, alors qu’elle est sur le palier, la porte maudite (ça fait plus film de série B comme ça) s’ouvre.
S’ensuit alors un premier dialogue surréaliste :

Le voisin : Bonjour.
C : Heu, bonjour.
Le voisin : ça va ?
C (pas en avance) : … Oui.
Le voisin : vous avez entendu les bruits hier soir ? Y’avait des bruits dans le couloir. Vous les avez pas entendu ?
C (encore moins en avance) : Heu non… J’ai rien entendu.
Le voisin : Ah ok, parce que moi j’ai entendu des bruits.
C (limite pressée là) : …
Le voisin : Et sinon, j’ai pas fait trop de bruit ? Parce que si je fais du bruit il faut me le dire, faut pas hésiter…
C (cherchant à fuir) : Non, non c’est bon… Bonne journée.
Le voisin : Bonne journée à vous.

Depuis il m’a invité deux fois à boire un café, il m’a proposé d’aller nous acheter du pain, il m’a parlé de sa journée à cheval qui lui a fait mal au cul et aux jambes, il m’a redemandé deux fois si il faisait pas trop de bruit et il me dit bonjour en faisant « salut grand. »

Du coup, je refais le Ninja, je sors les poubelles la nuit et en plus je dois me planquer quand je remonte en bus parce qu’il prend souvent le même que moi.
Bon évidemment je pourrais lui dire que sa gueule me revient pas, que j’ai pas envie de tailler une bavette, que j’aime pas les simplets mais bon, je suis un cynique social, j’y peux rien.
Et puis je me dis que le jour où j’organise un dîner de cons j’aurai pas à chercher trop loin…

jeudi, février 21, 2008